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Marion Touboul

Brèves de voyage

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Deux jours avec un chasseur d'ours

La semaine dernière, nous avons passé 2 jours avec un chasseur de Tasiilaq. Pas n'importe lequel. Un chasseur d’ours. Un inuit est considéré comme un très bon chasseur quand il a tué 6 ou 7 ours au cours de vie. Tobias, lui, en a déjà abattus une cinquantaine...

Au départ, Tobias n’avait aucune envie de nous ouvrir les portes de son monde. Il craignait qu'on le fasse passer pour un dangereux monstre des glaces et qu'on colle à son interview un communiqué de Greenpeace...

Tobias a finalement accepté et le lendemain, Johann et moi avons pris un taxi dans le centre du village pour... la banquise, juste à côté du grand supermarché. Au milieu de la glace, Tobias nous attendait sur sa grosse motoneige. Les motos, à Tasiilaq, ont remplacé les chiens de traîneau qui coûtent beaucoup trop chers à entretenir.

Nous sommes partis pour le village de Tiniteqilaaq, à une trentaine de kilomètres de là. Un voyage d'une heure et demi dans une vallée enneigée, silencieuse, sans aucune trace de présence humaine. J'avais l'impression d'être au coeur d'un désert blanc. La neige faisait bondir la moto exactement comme s'il s'agissait de sable.

Arrivés au minuscule village (une trentaine de maisons), nous partons chasser... en bateau. Réchauffement climatique oblige, la banquise n'est plus assez épaisse pour se déplacer en traîneau ou en moto. Le bateau de Tobias est très convoité. Il dépanne ce jour-là des villageois qui souhaitent traverser le fjord avec leurs chiens à la recherche d'une glace encore formée.


L'embarquement depuis la banquise est périlleux tant pour les chiens que pour nous. Je tombe dans l'eau, au milieu du garde-manger de Tobias (une dizaine de phoques). Chez lui, le chasseur me rhabille des pieds à la tête. Cette mésaventure est en fait une bénédiction. Sans les trois pantalons et le manteau supplémentaire, je crois que j'aurai gelé ensuite sur le bateau.

Car il a beau ne faire que 0°, quand Tobias accélère, le froid brûle la peau et les yeux. Je tente une interview sur le bateau mais l'air glacial emporte les paroles.